Artisan vérifiant son tableau électrique triphasé dans son atelier professionnel
Publié le 8 février 2026

Votre facture d’électricité ressemble à un document crypté, vous ne savez pas si votre puissance est adaptée, et personne ne vous a jamais clairement expliqué la différence entre option base et heures creuses. Je reçois ce type d’appel toutes les semaines. Le triphasé, quand on gère une TPE ou un atelier, c’est souvent le flou total. Pourtant, un mauvais choix de contrat peut vous coûter plusieurs centaines d’euros par an — sans compter les disjonctions en pleine production.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion de patrimoine. Les tarifs et conditions mentionnés peuvent évoluer. Consultez un courtier en énergie ou votre fournisseur pour une analyse personnalisée de votre situation.

L’essentiel sur le triphasé pro en 30 secondes

  • Le triphasé s’impose au-delà de 18 kVA ou si vous utilisez des machines industrielles
  • L’option base disparaît du tarif réglementé pour les 18-36 kVA triphasé dès février 2026
  • L’option heures creuses n’est rentable que si vous consommez au moins 27-30% en période creuse
  • Une puissance mal calibrée = disjonctions ou abonnement surdimensionné

Triphasé pour votre entreprise : ce que ça change vraiment

Le triphasé, c’est un peu comme passer d’une route à une voie à trois voies parallèles. Votre compteur répartit la puissance sur trois phases au lieu d’une seule. Résultat : vous pouvez alimenter des équipements plus gourmands sans faire sauter les plombs toutes les deux heures.

Concrètement, le triphasé devient quasi-obligatoire dans deux situations : soit votre puissance dépasse 12 kVA (le monophasé atteint vite ses limites), soit vous utilisez des machines qui l’exigent — compresseurs, fours professionnels, machines-outils. Un salon de coiffure avec climatisation et plusieurs sèche-cheveux industriels peut s’en sortir en monophasé. Un atelier de menuiserie avec une scie circulaire et un aspirateur centralisé ? Rarement.

Ce que le triphasé change pour votre activité : La puissance est divisée en trois (un compteur 18 kVA triphasé = 6 kVA par phase). Si vous concentrez trop d’appareils sur une seule phase, vous risquez de disjoncter même avec une puissance théoriquement suffisante. C’est une erreur que je vois régulièrement chez les artisans qui s’équipent progressivement.

L’autre avantage méconnu : le triphasé réduit les pertes d’énergie sur les installations longues. Si votre local est éloigné du point de livraison — un entrepôt en fond de parcelle, par exemple — vous y gagnez en rendement.

Le compteur Linky permet de modifier la puissance à distance en 24 heures



Les 3 critères qui déterminent votre facture triphasée

Votre facture se joue sur trois décisions. Les rater, c’est payer trop cher pendant des années sans même le savoir.

Puissance souscrite : ni trop, ni trop peu

La puissance, c’est le nerf de la guerre. Trop faible : vous disjoncterez dès que deux machines démarrent ensemble. Trop élevée : vous payez un abonnement surdimensionné tous les mois. J’ai accompagné un menuisier en Isère qui avait souscrit 18 kVA. Sauf que ses machines-outils, au démarrage, provoquaient des pics de consommation que son installation ne supportait pas. Il disjoncterait trois fois par semaine, perdant à chaque fois 20 minutes de production.

La règle que j’applique : additionnez la puissance de vos équipements les plus gourmands susceptibles de fonctionner simultanément, puis ajoutez une marge de 20% pour les pics de démarrage. Un restaurant avec four, chambre froide et climatisation tourne généralement entre 24 et 36 kVA. Un commerce de détail avec juste l’éclairage et une caisse ? 12 à 18 kVA suffisent souvent. Pour consulter les grilles détaillées selon votre puissance, vous pouvez vous référer aux tarifs EDF pro triphasé actualisés.

Option base ou heures creuses : le calcul qui tranche

Franchement, c’est LA question que je reçois le plus souvent. Et ma réponse va peut-être vous surprendre : pour la majorité des TPE, l’option base est plus rentable. Pourquoi ? Parce que l’option heures creuses n’est intéressante que si vous consommez au moins 27 à 30% de votre électricité pendant les plages creuses. Selon l’étude Hello Watt sur la rentabilité HP/HC, le seuil se situe précisément entre 26 et 28,5%.

Soyons clairs : si vous êtes restaurateur avec un service midi et soir, ou boulanger qui travaille de 4h à 14h, vos heures de consommation maximale tombent rarement en période creuse. J’ai vu des artisans payer plus cher en HP/HC qu’ils ne l’auraient fait en base, simplement parce qu’ils n’avaient pas analysé leurs horaires réels.

Quelle option tarifaire pour votre profil ?

  • Votre activité tourne principalement en journée (8h-20h) :
    Option base — vous consommerez peu en heures creuses.
  • Vous avez des équipements programmables (chauffe-eau, véhicule électrique, four en différé) :
    Option HP/HC — à condition de dépasser 30% de consommation nocturne.
  • Vous êtes en triphasé 18-36 kVA et éligible au tarif réglementé :
    Attention : l’option base disparaît au 1er février 2026. Anticipez le changement.
  • Vous ne savez pas combien vous consommez en heures creuses :
    Consultez votre espace client Enedis ou demandez un relevé détaillé avant de décider.

Pour vous donner un ordre de grandeur, voici ce que donnent les tarifs professionnels en 2026 :

Option base vs heures creuses : comparatif tarifaire triphasé 2026
Critère Option base Option HP/HC Verdict selon profil
Prix kWh HTVA 0,1616 € HP : 0,167 € / HC : 0,1409 € Base si <30% conso HC
Simplicité Un seul prix, pas de calcul Nécessite suivi horaire Base pour les pressés
Disponibilité TRV Supprimée 18-36 kVA dès 02/2026 Maintenue HP/HC par défaut si TRV
Profil idéal Commerce, bureau, artisan diurne Production nocturne, programmation possible Analysez vos horaires

Ces données proviennent des tarifs professionnels actualisés février 2026. Les prix peuvent varier selon votre fournisseur si vous optez pour une offre de marché.

L’analyse de votre profil de consommation est indispensable avant tout changement d’option



Tarif réglementé ou offre de marché : êtes-vous encore éligible ?

Beaucoup de TPE pensent encore avoir droit au tarif réglementé (le fameux « Tarif Bleu » d’EDF). En réalité, il est réservé aux entreprises de moins de 10 salariés, avec un chiffre d’affaires inférieur à 2 millions d’euros, et une puissance souscrite n’excédant pas 36 kVA. Si vous cochez ces trois cases, vous êtes éligible.

Mais attention à un changement majeur : selon la délibération CRE du 14 janvier 2026, l’option base disparaît du tarif réglementé pour les puissances de 18 à 36 kVA en triphasé à compter du 1er février 2026. Si vous êtes dans cette situation et souhaitez conserver l’option base, il faudra basculer vers une offre de marché — avec tout ce que ça implique en termes de comparaison et de négociation.

Les erreurs de dimensionnement que je vois trop souvent

Je ne compte plus les entreprises que j’accompagne après une mauvaise décision initiale. Les deux erreurs les plus fréquentes ? Le sous-dimensionnement (par économie mal placée) et le choix d’option tarifaire sans analyse préalable.

Les pics de démarrage des machines peuvent provoquer des disjonctions répétées



Le piège du sous-dimensionnement : Choisir une puissance trop faible pour économiser sur l’abonnement semble logique. Sauf que les disjonctions répétées coûtent bien plus cher en perte de production, stress et usure prématurée des équipements. Sans compter les pénalités pour dépassement de puissance souscrite si vous êtes en tarif jaune ou vert.

L’autre erreur classique, c’est de souscrire l’option heures creuses « parce que ça semble moins cher » sans vérifier ses horaires réels de consommation. Dans mon accompagnement des TPE, je constate que des restaurateurs ou boulangers ont souscrit l’option HP/HC sans analyser leur profil. Résultat : leur facture est parfois plus élevée qu’en option base parce qu’ils consomment 80% de leur électricité en heures pleines. Ce constat n’est pas généralisable, mais il invite à analyser précisément vos heures de fonctionnement avant tout changement.

Le cas de Gérard, menuisier en Isère

J’ai accompagné Gérard l’année dernière. À 52 ans, il gérait son atelier de menuiserie avec une puissance de 18 kVA en triphasé. Sur le papier, c’était suffisant. En pratique, il subissait des disjonctions plusieurs fois par semaine dès que la scie et l’aspirateur démarraient ensemble. Chaque coupure lui faisait perdre 20 minutes — le temps de tout relancer et de vérifier les pièces en cours.

Après analyse, le problème venait des pics de démarrage : ses machines tiraient momentanément bien plus que leur consommation nominale. Nous avons fait passer son contrat à 24 kVA en option base. Coût du changement : 4,28 € via son compteur Linky. Résultat : plus aucune disjonction depuis huit mois.

La leçon de ce dossier ? La puissance souscrite doit tenir compte des pics de démarrage, pas seulement de la consommation moyenne. Si vous cherchez à optimiser votre contrat au-delà de la simple puissance, vous pouvez aussi vous pencher sur les critères pour choisir votre fournisseur d’électricité — car le tarif du kWh varie significativement d’un opérateur à l’autre.

Vos questions sur l’abonnement triphasé pro

Puis-je revenir au monophasé si le triphasé ne me convient plus ?

Oui, c’est possible. Vous devez contacter votre fournisseur qui transmettra la demande à Enedis. Selon la procédure Enedis, le délai d’intervention est d’environ 10 jours ouvrés. Avant de basculer, vérifiez que votre installation électrique est compatible et qu’aucun de vos équipements n’exige le triphasé.

Combien coûte un changement de puissance ?

Si vous avez un compteur Linky, la modification de puissance coûte environ 4 € et s’effectue à distance en 24 heures. Sur un compteur ancien, comptez autour de 44 € avec intervention d’un technicien. Ces tarifs sont fixés par Enedis et appliqués par tous les fournisseurs.

L’option Tempo existe-t-elle encore pour les pros ?

L’option Tempo est en extinction pour les nouveaux contrats professionnels. Si vous l’avez déjà, vous pouvez la conserver, mais impossible de la souscrire aujourd’hui. Pour les TPE recherchant des tarifs variables, il existe des offres de marché avec des mécanismes similaires.

Comment savoir si je suis déjà en triphasé ?

Regardez votre tableau électrique : en triphasé, vous avez quatre fils (trois phases + un neutre) contre deux en monophasé. Votre facture indique également le type d’installation. En cas de doute, votre espace client Enedis précise la configuration de votre compteur.

Quelle puissance triphasée pour un restaurant de 80 couverts ?

Comptez généralement entre 24 et 36 kVA selon vos équipements. Un restaurant avec four professionnel, chambre froide, climatisation et extraction nécessite au minimum 24 kVA. Avec plusieurs fours ou une cuisine ouverte très équipée, 36 kVA est souvent nécessaire. Faites établir un bilan de puissance par un électricien avant de souscrire.

Si les variations tarifaires vous inquiètent, sachez qu’il existe des solutions pour verrouiller vos coûts sur plusieurs années. Les contrats d’énergie à tarif fixe permettent de sécuriser votre budget sans subir les hausses imprévues du marché.

La prochaine étape pour votre contrat triphasé

Votre plan d’action cette semaine



  • Connectez-vous à votre espace Enedis pour récupérer votre profil de consommation horaire


  • Calculez votre pourcentage de consommation en heures creuses (objectif : plus de 30% pour rentabiliser l’option HP/HC)


  • Listez vos équipements énergivores et leurs pics de démarrage pour valider votre puissance


  • Si vous êtes en triphasé 18-36 kVA au tarif réglementé : anticipez le passage en HP/HC avant février 2026

Votre contrat électrique n’est pas une fatalité. Avec les bonnes données en main, vous pouvez réduire votre facture de 10 à 15% sans changer vos habitudes — juste en choisissant la bonne combinaison puissance-option. Et si le temps vous manque pour éplucher les grilles tarifaires, un courtier en énergie peut faire ce travail pour vous gratuitement : sa rémunération vient du fournisseur, pas de votre poche.

Rédigé par Lucas Bernard, consultant en optimisation énergétique pour les TPE et PME depuis 2018. Basé à Lyon, il a accompagné plus de 200 entreprises dans le choix et la renégociation de leurs contrats d'électricité et de gaz. Son expertise porte sur l'analyse des profils de consommation et l'identification des options tarifaires les plus adaptées. Il intervient régulièrement auprès de chambres de commerce et de métiers pour sensibiliser les dirigeants à la maîtrise des charges énergétiques.